Tin et Tina

C’est un film qui raconte l’histoire d’un couple, Lola et Adolfo, qui, après une fausse couche assez traumatisante pour Lola, adoptent des jumeaux Tin et Tina. Élevé dans un couvent, ils ont une foi extrême et une interprétation littérale des textes religieux qui les poussent à adopter des comportements inquiétants. Ce qui ressemble à de l’innocence devient un climat angoissant, ponctué d’étranges incidents : accidents, incendie, mort, etc. Alors que Lola sombre dans la paranoïa, la tragédie atteint son apogée avec la mort de son mari dans un incendie mystérieux. A la fin du film, Lola qui avait renvoyé les enfants, revient vers eux nous laissant face à une conclusion ambigüe : Tin et Tina sont-ils réellement innocents ou sont-ils les architectes d’un cauchemar dissimulé sous une apparente pureté ?

Sans être un film d’horreur, le film instaure une atmosphère profondément anxiogène. L’auteur nous met progressivement dans une tension psychologique où le malaise s’installe et des questions subsistent de par la froideur des enfants et leur visage impassibles, de par leur manière de réciter les écritures saintes comme des automatisme et leur absence d’expression d’émotions.

Le jeu d’acteur est à féliciter autant pour Lola que pour les enfants. Joué le jeu d’être à la fois innocents et froids, de paraitre sans émotions rajoute de la justesse du jeu d’acteur.

L’histoire reste assez ambigüe. On peut se dire que les enfants sont coupables mais il n’y a pas de preuves directes et irréfutables les incriminant. Ceci laisse le téléspectateur dans une perplexité et dans une interprétation tout au long du film. La fin reste encore plus intrigante et déroutante du fait du retour de Lola vers les enfants. Le film laisse planer le doute jusqu’à la fin, les enfants sont-ils innocents ou non ?

Mais si je dois donner un point de vue personnelle, je pense que les enfants ne sont pas innocents. Il y a bien trop de faits qui les incriminent, pas forcément directement, mais dont la probabilité est forte. Deux interprétations me sont d’abord venues en tête :

  • Les enfants agissent consciemment et sont malveillants : leur expression froide et leur visage presque sans émotions même lors des reproches peut justifier cela. On a l’impression qu’ils n’éprouvent aucun remord. La façon littérale qu’ils ont d’appliquer les textes fait froid dans le dos, on ne peut faire des blagues ou avoir un avis divergent auprès d’eux, on risquerait de subir le châtiment divin. Bien trop d’incidents les incriminent notamment l’assassinat du chien sous prétexte qu’il a fait du mal à leur mère et qu’ils veulent laver son âme. On voit même déjà que le chien avait peur d’eux dès leur arrivée dans la maison. Dans la culture africaine, on dit que certains animaux ont le pouvoir de voir au-delà de l’œil humain et le chien fait partie de ces animaux. Dès leur arrivée, on peut remarquer que le chien est toujours dérangé et ne veut pas rester dans la même pièce que les enfants. D’autres incidents peuvent prouver la malveillance de ces enfants notamment la mort du gros enfant qui a soi-disant blasphémé, le baptême de l’enfant de Lola (d’aucun œuvrent penser que c’est innocent, mais ils ont désobéi en allant chercher la bible que Lola leur a interdit de prendre), le père qui prend feu, la maison qui prend feu simultanément à plusieurs endroits, l’enfant de Lola qui disparait et réapparait après que Lola s’étouffe, etc. Tous ces évènements incriminent les enfants et les rend coupable à mon avis.
  • Les enfants sont innocents et c’est la mère supérieure qui les manipule : les enfants ne font qu’exécuter ce qu’on leur a appris. Ils appliquent de façon littérale les enseignements reçus et ne comprennent pas forcément la gravité de leurs actes ainsi que le bien fondé des enseignements qu’ils reçoivent.

Mais une chose est sure, dans les deux cas, la mère supérieure est à incriminer du fait de la façon d’enseigner la religion aux enfants. En poussant le bouchon un peu loin, ça peut être la cause de certaines batailles religieuses qui n’ont pas forcément grand fondement. On a des exemples de certaines personnes qui mettent comme la religion devant pour justifier de certains actes immoraux. Mais les avis restent personnels, car la foi, elle est personnelle.

Mais il y a un détail détaillé qui n’a pas l’air d’une incidence mais qui peut être important : les enfants ont demandé dès leur arrivée la distance et le temps qui séparait le couvent de leur nouvelle maison

Néanmoins, au-delà d’un simple thriller psychologique, le film véhicule des réflexions profondes sur la foi et la perception du bien et du mal. On peut en tirer quelques leçons :

  • Le fanatisme religieux qui peut te pousser à une idéologie extrême et à justifier certains actes immoraux de par ce biais. Le libre arbitre et l’analyse sont remises en question chez des personnes de ce genre.
  • La façade innocente : en voyant les enfants, on peut penser qu’ils sont innocents et qu’ils ne comprennent pas forcément ce qu’ils font. Ils affichent un air innocent, mais derrière leur froideur et absence d’émotions montrent qu’ils ne sont pas peut-être innocents comme ils en ont l’air. On rencontre ce genre de personne dans la société ou leur apparence fait penser à des innocents alors qu’au fond, ils sont capables d’actes ignobles, on peut prendre pour exemple l’histoire de Gisèle P, la femme qui se fait droguer par son mari pour être violée par d’autres hommes, et il y en a bien d’autres comme cela.

Et vous, qu’avez-vous pensé du film ? que pensez-vous de l’éducation des enfants ? que feriez-vous à la place de la maman ou du papa ?


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