Temps de lecture : 12 min
Mea Culpa est un thriller érotique qui raconte l’histoire d’une avocate pénaliste qui accepte de défendre un artiste Zyair Malloy, accusé du meurtre de sa petite amie. Mea, femme de caractère, très talentueuse et à succès, traverse une période compliquée dans sa vie personnelle avec son mari. Ce dernier, anesthésiste, a récemment perdu son job, et a des problèmes d’addiction aux médicaments. Leur mariage est marqué par la distance émotionnelle et des tensions constantes. C’est dans cette tension, qu’on confie une affaire médiatisée à Mea, qu’elle finit par accepter à cause de la pression de sa belle-famille avec qui la relation n’est pas au beau fixe. Zyair Malloy a toutes les caractéristiques d’un artiste tombeur, il est mystérieux, séduisant, charismatique et semble cacher bien plus que ce qu’il avoue. Mea est intrigué et commence à se rapprocher de son client, ce qui n’arrange pas sa situation conjugale. Elle finit par succomber à son client, bien que les preuves accablent ce dernier. C’est alors qu’elle met en doute son jugement et remet en question ses choix ; ces choix qui lui reviendront en pleine figure, mais qui l’aideront tout de même à résoudre l’affaire.
Nous partirons pour l’analyse de ce film sur certains personnages et sur l’histoire elle-même :
Mea, elle représente la femme forte qui vit pour ses convictions et ne laisse personne lui dicter sa conduite, par même son mari qui s’est montré incapable le long du film. Elle tente de séparer sa vie professionnelle de sa vie personnelle et d’établir des limites claires pour préserver son équilibre, mais ceci est vite remis en question par Zyair qui la met face à un paradoxe. C’est une réalité à laquelle de nombreuses personnes sont confrontées, tiraillées entre des choix complexes où raison et désir s’entremêlent. Elle ne recule devant aucun défi. Dès ses premiers échanges avec Zyair, on voit qu’elle n’a pas peur de s’imposer, elle est directe et ne laisse aucune faiblesse. Elle ne se soumet pas à l’intimidation, même lorsqu’elle se retrouve seule avec un homme potentiellement dangereux. Elle fait confiance à son propre jugement, que ce soit face à son mari, client ou son entourage. Elle incarne aujourd’hui la femme moderne qui sait ce qu’elle veut et ne se laisse pas enfermer dans un rôle prédéfini ou dans une case quelconque, à l’inverse de sa meilleure amie et belle-sœur, qui semble réduite à se ranger derrière son mari. Cette opposition met en lumière un contraste marquant entre deux générations de femmes : l’une qui se conforme aux règles sociétales et l’autre qui les défie pour exister par elle-même. Mais elle n’est pas qu’une figure de force inébranlable. Elle est humaine avec ses contradictions et ses failles. Elle refuse d’être la femme qui s’oublie dans des relations toxiques : avec son mari brisé, qui attend d’elle de payer des factures sans plus d’efforts dans la quête d’emploi et qui essaie de maintenir un train de vie coûteux faisant croire à sa famille qu’il gère les charges de la maison ; mais aussi avec Zyair dont elle comprend, à la fin du film que le danger est double, il est séduisant, mais manipulateur et elle a choisit de ne pas perdre le contrôle, de se choisir elle-même pour sa santé mentale. Ce combat entre force et vulnérabilité de Mea résonne dans « Dieu est grande » de Youssoupha. Quand Youssoupha dit : « On peut s’aimer sans toujours être d’accord », Mea incarne cette idée : elle aime son mari, mais refuse de s’effacer derrière lui. Elle le soutient malgré ses erreurs, mais cela ne signifie pas qu’elle doit sacrifier son bonheur pour lui. La citation de Youssoupha « On peut s’aider même si on se connaît à peine », est ce que fait Mea avec Zyair. Elle choisit de le défendre dans une affaire compliquée, sans forcément adhérer à sa personnalité. Elle agit selon ses principes et non par attachement. Quand on entend Youssoupha dire « N’écoute pas les peurs et les beaux-parleurs moralisateurs, leur cœur est minime. Ils ont cette façon de demander pardon à Dieu et jamais aux victimes », on peut faire allusion ici à la belle famille de Mea ici, qui incarne cette hypocrisie : ils la jugent sévèrement, la trouvent indigne de leur fils, mais refusent de voir leurs propres contradictions. Mea refuse de plier face à leur regard. La phrase de Youssoupha qui dit : « c’est pas si grave de faire des erreurs, ce qui est grave, c’est de vouloir les ignorer. Le but, c’est pas d’être la meilleure, c’est de chaque jour s’améliorer », résume le parcours de Mea. À la fin, elle s’éloigne pour se reconstruire. Plutôt que de nier ses erreurs, elle les accepte et se donne une chance de progresser avant de chercher le pardon des autres. Mea incarne le message de Youssoupha ci-après : « t’es pas obligée d’être une fille banale, t’es pas obligée d’être Michelle Obama, T’es pas obligée de vouloir être mère, t’es pas obligée de vouloir être reine, N’écoute pas les hommes, n’écoute pas les ordres, n’écoute pas les codes qui disent de la merde », elle n’a pas besoin d’être une épouse parfaite, une avocate exemplaire ou une femme fatale. Elle existe comme elle est, sans chercher à correspondre aux attentes des autres. Le film veut nous montrer qu’une femme forte n’est pas une femme parfaite, mais une femme qui se choisit elle-même. Elle doute, elle tombe, mais elle ne se soumet pas et c’est en cela qu’elle est moderne et puissante.
Zyair représente un antagoniste subtil, insaisissable, qui ne s’impose jamais comme un véritable ennemi, mais qui laisse planer une menace constante. Charismatique, séduisant et potentiellement dangereux, il est l’exemple parfait de l’homme qui sait exactement qui il est et qui maîtrise parfaitement l’image qu’il projette. Il n’a caché aucune information à Mea et pourtant, on a du mal à le croire. Comme l’explique la propriétaire de la galerie, Zyair est un serpent. Il ne s’attaque pas directement à sa proie, il l’observe, il l’enroule, il attend. Il ne frappe que lorsqu’il a décidé que c’est le bon moment. C’est là que réside son vrai danger : il ne contraint pas, il séduit, il attend que sa proie se livre à lui. Zyair ne cache rien. Il affiche son désir ouvertement, il te laisse voir son intérêt, mais jamais sans excès. Il sait exactement l’effet qu’il produit et l’utilise à son avantage. Il ne séduit pas par accident : tout est calculé. Il joue avec son pouvoir d’attraction et le pousse jusqu’à la limite du malaise, testant jusqu’où il peut aller sans que l’autre s’en rende compte. Il incarne l’homme que toute femme désire et l’utilise à ses fins. Parce qu’il connaît son pouvoir d’attraction et qu’il en joue sans scrupules. Il teste les limites sans jamais les franchir brutalement. Il ne contraint pas, il oriente. Il prend l’ascendant dans les échanges, avec une dextérité et une habileté redoutable. Ce qui est fascinant avec Zyair, c’est que dans toute situation, il paraît coupable. Même lorsqu’il est innocent, son attitude, sa façon d’être, sa manière de jouer la victime, tout contribue à alimenter le doute. Parce qu’au fond, il ne cherche pas à prouver son innocence, il se contente d’exister dans le flou, où il est à la fois innocent et suspect, séducteur et manipulateur, victime et bourreau. Il joue sur la perception. Il laisse les autres croire ce qu’ils veulent croire. Il ne ment pas, mais ne dit pas tout non plus. Il ne pousse pas, mais il guide subtilement. Il laisse son interlocuteur tirer ses propres conclusions, tout en sachant exactement où il veut l’emmener. Zyair ne se contente pas de séduire, il applique des stratégies de pouvoir subtiles, comme celles décrites dans Les 48 lois du pouvoir. Chaque interaction est calculée pour lui donner un avantage psychologique, et ses comportements correspondent parfaitement à certaines des lois les plus puissantes du jeu social (comme quoi, elles ne sont pas qu’applicables en milieu professionnel). Par exemple, si on reprend la loi 6 qui dit d’attirer l’attention à tout prix, on y voit Zyair qui sait se mettre en scène. Même lorsqu’il est accusé, il ne panique pas et reste confiant, cela qui permet de dominer les échanges. Dès le premier entretien avec Mea, il impose sa présence, parle avec assurance et ne se justifie presque pas. Quand Robert Green dit dans sa loi 8 de faire en sorte que les autres viennent à vous, Zyair l’applique à la perfection, il ne se met pas en position de demande, il ne court pas après Mea, elle vient d’elle-même, il ne lui montre pas d’intérêt, il essaie juste de la troubler, et plus elle essaie de déchiffrer l’autre, plus elle tombe dans son jeu. Zyair ne cache aucune information à Mea, et pourtant, on a du mal à le croire parce qu’il maîtrise l’art de la transparence sélective. Il ne ment pas, mais choisit quoi dire et comment le dire. Il ne montre jamais d’émotions incontrôlées. Ça, c’est l’application de la loi 12 : « soyez sélectif dans votre honnêteté et générosité ». Il est imprévisible, insaisissable, tantôt, il est ouvert, parfois froid et distant, tantôt sensible et vulnérable et soudain sûr de lui et dominateur, c’est la loi 17. L’auteur ici nous montre les facettes d’un antagoniste manipulateur et toxique.
Kal ainsi que sa belle-famille de Mea (mère, frère et mari) représentent l’antagonisme du film. Ils ne sont pas des ennemis classiques, mais des obstacles qui refusent de voir une femme réussir sans leur validation. En commençant par Kal, c’est un homme brisé, qui dépend financièrement de sa femme et incapable de l’admettre, on a presque l’impression qu’il est jaloux et frustré de la réussite de sa femme, surtout quand cette dernière la confronte à payer les factures de la maison. Il attend autant un soutien financier qu’un soutien émotionnel alors qu’il n’en offre pas personnellement. C’est cet homme-là qui refuse d’évoluer. C’est un enfant à maman, il est à la merci de son frère et de sa mère qui lui dictent sa conduite. Il est incapable de prendre des décisions lui-même et se permet de juger et d’imposer son opinion. C’est l’opposé de Zyair qui est indépendant et accompli. Mais le plus révélateur sur Kal, c’est que son amour pour Mea semble être une illusion. À la fin du film, quand sa famille se retourne contre elle, il n’essaie pas de la défendre. Pire encore, il devient complice du piège qu’ils lui tendent. Ça confirme l’idée qu’il est jaloux du succès de sa femme, et voyant qu’il perd son pouvoir et son statut auprès d’elle, il n’arrive pas à le supporter. La belle-famille partage cette même mentalité toxique, ils n’ont pas supporté voir la réussite de Mea à un point où on en vient à lui dicter ce qu’elle doit faire professionnellement. En gros Kal et sa belle-famille représentent un frein à l’évolution de Mea. Ils n’acceptent pas de voir une femme prendre l’ascendant sur eux. Leur égo ne le supporte pas. Ils représentent ceux-là incapables de reconnaître leurs erreurs ou de les admettre.
Revenons-en à l’histoire du film, Kelly Rowland incarne bien ce modèle de femme moderne forte. Malgré ses airs de thriller, Mea Culpa est avant tout un film centré sur l’évolution de son héroïne. Plus qu’un suspense haletant, il s’agit surtout d’un récit de romance et d’émancipation. Certes, le film suit les codes classiques du thriller érotique sans chercher à les renouveler. Si les rebondissements tiennent en haleine, ils restent prévisibles et ne bousculent pas les conventions du genre. Certains personnages secondaires manquent de profondeur et servent surtout à faire avancer l’intrigue sans réel développement. En somme, c’est un thriller plaisant à regarder, mais ne sort pas des codes du genre. Pour les amateurs de thriller, l’histoire peut paraître assez léger, mais pour les moins aguerris et ceux qui aiment les histoires de romance, l’histoire est intéressante. Même si le film ne révolutionne pas le genre, il trouve son intérêt dans sa mise en avant de la femme moderne, il ravive la question du féminisme et de la place de la femme moderne dans notre société actuelle.
Le film nous laisse plusieurs leçons. La grande leçon est déjà la vision de la femme moderne indépendante et forte qui sort des clichés habituels. Avec Mea, on arrive à voir le rôle et l’importance de la femme moderne, symbole d’indépendance et de détermination.
Mea au travers de ce film nous apprend sur l’indépendance. Elle nous apprend déjà qu’une femme indépendante doit se battre pour conserver sa liberté et ne pas laisser les autres lui dicter sa conduite. Mais la leçon va au-delà de la femme. C’est une leçon applicable à tout le monde, l’indépendance nécessite un combat perpétuel.
On va répéter un message que beaucoup connaissent et qui semble cliché : les relations ne doivent pas être une prison, qu’elles soient amoureuses ou non. Une relation ne doit pas être un sacrifice unilatéral. Lorsque le déséquilibre est trop grand, il faut avoir le courage d’en sortir.
Le film illustre à merveille l’adage les apparences sont trompeuses. Cet adage est avec Zyair qui parait suspect sans l’être. Aussi, c’est un maître du jeu psychologique, il fait miroiter une certaine image pour mieux t’appâter. Il faut se méfier des apparences et savoir que ce que l’on voit et ce que l’on croit ne sont pas toujours vraies.
En conclusion, Mea Culpa est plus qu’un thriller, c’est un film avant-gardiste de la femme moderne indépendante et forte. Il a su raviver le combat que mènent les femmes depuis fort longtemps. Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Partagez-vous cette vision ou y avez-vous perçu un autre message ? Nous serons ravi d’avoir vos retours en commentaires
En savoir plus sur Discutons-en
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
