Uprising

Temps de lecture : 10 min

C’est un film sud-coréen sorti en 2024 sur Netflix. Il raconte l’histoire d’un esclave et de son maitre au cœur d’une Corée en proie à la guerre. L’histoire se déroule sous le règne de la dynastie Joseon, un roi qui ne se soucie guère de son peuple. Cheon-yeong est un jeune roturier devenu esclave après que sa mère ait été vendu comme esclave (une loi dans le pays indique qu’un enfant est d’office esclave dès lors qu’un de ses parents l’est). Il a été vendu à la famille du sous-ministre de la défense où il devait prendre les coups à la place du fils Jong-ryeo du noble lorsque ce dernier fait une faute. Cette famille excelle dans le domaine militaire et fournit au roi des généraux. Le fils du noble est donc prédestiné à devenir un général du roi. Pour cela, il suit une formation militaire où il n’est pas censé avoir un corps avec des cicatrices, d’où le rôle de l’esclave. Très tôt, le petit Cheon-yeong se montre un peu rebelle, il fugue, il défie le fils du noble jusqu’au moment où il apprend au fils du noble à se défendre, pour ne plus recevoir des coups. Dès lors, une amitié nait entre les deux enfants, une amitié qui va durer jusqu’à la trahison du noble envers l’esclave. En effet, l’esclave a passé l’examen militaire à la place du fils du noble car ce dernier échoue souvent et en échange, on devrait lui rendre sa liberté. Pendant ce temps, une invasion japonaise se prépare contre la Corée. Cette nouvelle guerre à venir a fait fuir le roi loin de son palais. Profitant de ce chaos, les esclaves se rebellent un peu partout dans le pays et mettent le pays à feu et à sang, y compris la capitale et la maison du sous ministre. Dans ce chaos général, la famille de Jong-ryeo périt sous les flammes. Jong-ryeo, à son service auprès du roi apprend la nouvelle et tient Cheon-yeong responsable. Une guerre est désormais déclarée autant contre l’armée japonaise, qu’en interne face au soulèvement de la population.

L’histoire est bien écrite. Elle repose sur l’histoire coréenne d’antan et aborde des thèmes très intéressant. Elle se présente un peu comme un cours d’histoire pour retracer le parcours de la Corée et de l’histoire asiatique au 16e siècle. Le jeu d’acteur est très louable. On doit avouer malgré que, l’histoire soit mieux élaborée que certains films, le réalisateur a misé sur les scènes de combat qui sont bien réalisés. Pour la critique de ce film, je vais surtout m’attarder sur les thèmes abordés par le film.

Le film aborde le thème de l’oppression et la différence des classes sociales. Le film commence avec une phrase intéressante : « un roi et un esclave sont égaux ». Une phrase qui n’a pas été comprise par le roi et qui lui est monté à la tête. Il se devait d’asseoir sa suprématie et a donc ordonné la mort du fils de celui qui l’a dit, un exemple de l’oppression observé par le peuple. Un autre exemple de l’oppression est la loi qui stipule qu’un enfant est d’office esclave dès lors que l’un de ses parents est esclave. Cette loi ne nous est pas inconnu surtout dans les temps anciens. Mais le problème ne se pose pas là mais plutôt par rapport à l’histoire de Cheon-yeong où il était déjà né avant que sa mère ne devienne esclave, donc si on doit suivre une certaine logique et une certaine empathie, Cheon-yeong n’a pas à être esclave puisque le statut de sa maman à sa naissance est différent. Aussi dans les temps anciens, l’éducation reçu est basée sur ce à quoi tu es prédestiné. Si tu es fils de forgeron, on t’éduque à être forgeron où à rester dans le même secteur d’activité. Certains de tes enseignements sont basés sur cela, et c’est le cas de Cheon-yeong. Si tu es fils ou fille d’esclave, on t’éduque à être esclave, on t’apprend que ta vie est insignifiante face à tes maitres. De même si tu es fils de paysan, on t’éduque à cela, certes, tu n’as pas accès à la noblesse mais tu n’es pas non plus esclave ; tu vis une vie libre assujettie aux taxes et aux lois qui t’incombe. On peut débattre longtemps sur ce sujet et le ramener même à nos royaumes d’antan. Mais avant de passer au prochain thème revenons sur la citation citée plus haut, cela peut-être un sujet de philosophie. On peut interpréter cette phrase de mille et une façons, et elle se retrouve dans tellement de contextes, mais restons dans le contexte de la royauté. Cette phrase dans tous les contextes souligne l’égalité entre les hommes, un roi n’est pas différent d’un esclave humainement parlant si ce n’est le statut. Cela soulève bien l’idée du film dans la lutte des classes, quand on voit les esclaves se révolter, quand on voit les nobles abuser de leur pouvoir, alors qu’au fond on est tous pareil, certains ont juste eu la chance d’être né dans certaines familles. Mais il n’y a pas que ça, un esclave et un roi sont égaux aussi de part leur statut. Le roi est comme un prisonnier dans son palais, il n’a pas la liberté de faire ce qu’il veut, il est obligé de suivre certaines règles et il est sujet à des interdits malgré qu’il soit roi ; l’esclave aussi est pareil, obligé de suivre des ordres, il n’a pas la liberté qu’il veut et est sujet à des interdits. Au fond, les deux sont pareils. Comme dit plus haut, c’est un sujet sur lequel on peut débattre pendant très longtemps. Et vous que pensez-vous de cette citation ?

Le film aborde l’amitié. Au cours du film, on a pu voir comment une amitié sincère peut être mise à rude épreuve. L’esclave (Cheon) et son maitre (Jong) qui sont devenus de véritables amis et qui sont confrontés à des épreuves qui testent leur loyauté, plus encore dans un contexte difficile où les apparences sont trompeuses et la confiance difficile. Une première épreuve est la liberté de Cheon. Après qu’on lui a promis la liberté pour ce qu’il a pu accompli, il voit cette promesse à l’eau, il découvre le visage de l’Homme et pourtant, il comprend que ce n’est pas la faute de son ami et lui reste loyale. Par contre, le maitre, après un ouï-dire prend pour cible son ami, sans bénéfice du doute (même s’il reste partagé entre son amitié et son statut). Il s’est convaincu que son ami l’a trahi et il met tout en œuvre pour le détruire. Cette situation démontre combien des épreuves peuvent ébranler notre foi et tester notre loyauté. Cela nous montre la ligne fine entre loyauté et trahison.

Le film soulève la notion de patriotisme et de foi. Cheon-yeong, simple esclave pouvait profiter du chaos pour fuir, pouvait prendre pour argument la trahison de ses maitres pour ne point s’impliquer, mais malgré toutes les épreuves, il a rejoint une milice populaire et a défendu pendant que son roi fuit la guerre. Cela démontre du niveau de patriotisme de Cheon qui nous montre que le patriotisme n’est pas que pour les institutions ou personnes dans le gouvernement, c’est une affaire de tous. Cheon a montré aussi une loyauté envers son pays et les lois qui le régissent, malgré son statut et les trahisons vécues, il a su garder espoir de se voir récompenser en obtenant dignement sa liberté. Mais peut-on dire que Jong-ryeo n’est pas patriote ? Il est resté auprès de son roi et l’a défendu au péril de sa vie, il a montré une loyauté sans faille au roi. C’est aussi une forme de patriotisme, on se pose alors la question de savoir qu’est-ce que le patriotisme ? Le film a su, grâce à cette dualité, présenté le patriotisme sous diverses formes et nous offre une réflexion sur le patriotisme : est-ce un soutien inconditionnel aux institutions qui peuvent prôner le faux, ou défendre une idéologie juste qui n’est pas que proclamée mais qui est démontré dans les faits ?

On ne va pas faire la critique du film sans faire un parallèle à l’art de la guerre qui plus est adapté à ce contexte. Sun dit : la guerre est la grande affaire des nations ; elle est subordonnée à cinq facteurs : la vertu, le climat, la topographie, le commandement et l’organisation. Ces cinq facteurs sont pris en compte pour mettre en exergue le rapport de force. Et dans le contexte du film, le Japon est bien devant. On peut observer une Corée en proie à des conflits internes, le Roi n’avait pas la vertu pour assurer la cohésion au sein de son pays, la preuve, il a fui lui-même. Le pays se sentait oppressé et donc les japonais aurait pu profiter de cette faille. Par contre Cheon, et le grand maitre tacticien avaient cette vertu de cohésion ; ils ont pris les armes et le peuple les a suivis. Ce simple facteur profite déjà au Japon. Un autre facteur est l’organisation, la milice populaire n’est pas militaire, ce sont de simples citoyens et pourtant, ils ont su mettre en déroute l’armée japonaise et ont tenu tête pendant près de sept ans. Ceci a pu être réalisé grâce à l’organisation et l’analyse, il faut voir les scènes des premiers combats contre l’armée japonaise pour comprendre que c’est grâce à leur organisation et à la stratégie adoptée qu’ils ont su tenir tête. Sun disait que l’acmé de la stratégie est d’obtenir une victoire avec peu de combat ou sans effusion de sang. Les deux parties, Corée comme Japon ont su appliquer cette règle, le Japon a profité de la tension qui règne dans le pays tandis que la milice populaire a mis en place une stratégie pour mettre en déroute les armées japonaises. L’adaptation, un élément crucial, Cheon l’a fait, il s’est adapté à son environnement, et à ses ennemis, mais l’armée japonaise l’a mieux appliqué ; ils se sont déguisés en coréen, portant leur vêtement, s’habillant comme eux et partageant leur quotidien. Cela justifie l’enseignement de Sun qui dit que l’art de la guerre repose sur la duperie et la tromperie, et on le voit clairement de part les stratégies utilisés autant par l’armée japonaise que par la milice populaire coréenne.

En somme le film Uprising est un film très intéressant qui soulève plusieurs thématiques encore d’actualités de nos jours, en plus de l’histoire de la Corée qu’elle brosse. Les thèmes peuvent être encore plus développés mais, je pense qu’il faut plus d’un film pour tout brosser. Ce film est déjà un bon début, il a fait un petit résumé des différents thèmes et a misé sur des scènes d’actions bien réalisés. Il pose une réflexion et une vision nouvelles sur ces thèmes abordés comme le patriotisme ou la loyauté. Il pousse vers des dilemmes pour expliquer la ligne fine entre la notion d’amitié et de servitude. On peut pousser le débat loin en faisant un parallèle dans nos structures et pays respectifs. Pour finir, le film est un bon compromis pour les personnes intéressées par la culture et les histoires anciennes.


En savoir plus sur Discutons-en

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire